Des taches noires apparaissent dans un angle, derrière un meuble ou au-dessus d'une fenêtre, quelques mois après des travaux d'isolation. La réaction habituelle est d'incriminer l'humidité du logement. La cause est presque toujours ailleurs, et elle est géométrique.
Un pont thermique est un point froid
C'est un endroit où l'isolation s'interrompt : jonction entre un mur et un plancher, tableau de fenêtre, coffre de volet roulant, balcon qui traverse la façade. La chaleur y passe plus facilement, donc la face intérieure y reste plus froide que le reste de la paroi. Ce n'est pas une fuite d'eau, c'est une différence de température de quelques degrés sur une surface localisée.
Pourquoi cela fait de l'eau
L'air d'un logement contient de la vapeur d'eau, et la quantité qu'il peut contenir dépend de sa température : plus il est froid, moins il en retient. Quand cet air touche une surface suffisamment froide, il atteint son point de rosée et dépose l'excédent sous forme de gouttelettes. Le mur ne fuit pas, il condense. Et une surface régulièrement humide devient un support de développement pour les moisissures, qui apparaissent donc exactement là où la paroi est la plus froide.
Le paradoxe des travaux
C'est le point contre-intuitif : isoler sans traiter les ponts thermiques peut faire apparaître le problème plutôt que le résoudre. Deux effets se cumulent. Le reste de la paroi étant devenu chaud, le contraste avec le point froid s'accentue. Et une enveloppe rendue plus étanche à l'air retient davantage l'humidité produite par les occupants, la cuisson et les douches, si le renouvellement d'air n'a pas été revu en même temps. Une isolation réussie et une ventilation adaptée forment un seul et même chantier, jamais deux chantiers séparés.
Ce qui traite réellement les ponts
Une isolation posée par l'extérieur enveloppe la construction en continu et supprime la plupart de ces interruptions ; c'est sa principale supériorité technique sur une isolation intérieure, qui laisse les jonctions en place. Quand l'extérieur n'est pas possible, les ponts se traitent au cas par cas : retour d'isolant sur les tableaux, isolation du coffre de volet, traitement de la jonction avec le plancher. Ces détails coûtent peu au regard du chantier et déterminent pourtant le résultat.
Le signe qui ne trompe pas
Une moisissure qui suit une ligne droite, dessine un rectangle ou se concentre dans un angle désigne un pont thermique. Une humidité diffuse sur toute une paroi, en bas de mur, relève d'un autre problème. Distinguer les deux avant d'agir évite de traiter une remontée capillaire avec un débit de VMC, ou l'inverse.









